Miscellanées

Discours du Docteur Raymond de Saint-Martin à l’académie du Languedoc

Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général
Chers Amis

Guérir les défauts de la vision c’est le rêve des hommes depuis toujours.

Si ARISTOTE évoque déjà ces problèmes de vision, si on retrouve des lentilles à NINIVE 4000 ans avant Jésus Christ, c’est principalement à partir du XIV et du XVème siècle que les hommes inventent les lunettes.

Comme dans beaucoup d’autres domaines, c’est le XXème siècle qui va faire les avances majeurs: les hommes inventent les lentilles de contact et cherchent à rendre possible la vision sans lunette et sans lentille. Pour cela il faut modifier le passage de la lumière au sein de la cornée, modifier la courbure de la cornée pour guérir les défauts de la vision : myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie.
Le principe général est très simple, l’application plus difficile.
Le principe : pour guérir la myopie, il faut aplatir la cornée. Pour guérir l’hypermétropie, il faut faire bomber la cornée.

Le problème le plus simple était celui de la myopie.
Pour ce faire, on a d’abord cherché à affaiblir la totalité de la cornée.
Dès 1959 le japonais SATO invente la kératotomie radiaire qui est ensuite modifiée par le Russe FYODOROF.

L’homme rêvait donc de pouvoir sculpter la cornée.
C’est le Professeur José BARRAQUER de BOGOTA en 1964 qui invente le Kératomileusis. Sculpter la cornée mais comment ? Comment sculpter un organe composé de 85 % d’eau et de 15% de fibres et de quelques cellules. L’idée géniale de Jose BARRAQUER sera de congeler une lamelle de cornée, procéder à la modification grâce à un tour avant de la remettre en place sur l’œil.

A partir des années 80 la deuxième idée géniale sera de sculpter la cornée avec un laser.
Et ce laser ce sera le laser EXIMER : un laser à gaz pulsé, un laser à ultra violets à 193 nanomètres, produit par l exitation d’un mélange d’ARGON et de FLUOR et dont se servaient déjà les scientifiques.

Juin 1983, New York, première coopération entre le photochimiste d’IBM SRINIVASAN et l’ophtalmologiste de la Columbia University Stephen TROKEL. première publication d’une étude démontrant la spectaculaire précision de l’ablation tissulaire au laser EXIMER car
L’idée de départ est de faire avec le Laser EXIMER des kératotomies radiaires pour corriger la myopie et pour corriger l’astigmatisme.
Fin 1983, Stephen TROKEL et la firme Allemande MEDITEC commencent la réalisation d’une machine expérimentale pour le traitement.

1984, le Professeur MARSCHAL de Londres s’intéresse à la photo ablation tissulaire et avec MUNNERLYN et TROKEL, ils imaginent le shapping de la cornée. C’est-à-dire la modification de la seule cornée antérieure et de façon superficielle. C’est l’idée de la photokératectomie réfractive.

1986, les équipes allemandes de DARDENNE, NEUHANN et TANNER réalisent les premières interventions.
La même année, les sociétés américaines COOPER et SUMMIT commencent leur prototypes.

1988 le Professeur Téo SEILER à Berlin publie les premiers résultats de la correction de l’astigmatisme avec des incisions profondes réalisées au laser EXIMER.

1989, le Docteur Robert KLEIN de Strasbourg publie les premiers résultats d’une kératotomie radiaire réalisée au laser EXIMER.

A partir de 1987, le Professeur DAUCH à Amberg commence les premiers traitements thérapeutiques pour les ptérygions, les érosions cornéennes récidivantes et l’herpès.

En 1989 le Professeur Marguerite MAC DONALD à Atlanta et le Professeur Téo SEILER à Berlin montre les premiers résultats des photokératectomies réfractives.

Personnellement, je me suis intéressé des le début à ces travaux, j ai très rapidement cru en l avenir de cette technique, j’ai sacrifie mes loisirs et mes économies pour sillonner le monde a la recherche d information et dans l enthousiasme un peu inconscient de la jeunesse j’achète le laser EXIMER en octobre 1990 entraînant ma femme et mes enfants dans une aventure qui allait être inexplicablement douloureuse pour tous.
Le laser arrivera à Toulouse en Avril 1991, j’opèrerai le premier malade le 1er mai 1991.
A cette époque dans notre pays personne ne connaît cette technique, nous sommes seulement 6 Ophtalmologiste du prive a avoir un laser,nous devenons les cibles de multiples attaques,les malades ne sont pas au rendez vous…

Mais déjà en 1991, la science ne s’arrête jamais, commence à naître en Italie, à Milan, chez l’ophtalmologiste Lucio BURATO, en Crête chez le grec Ian PALAKARIS, l’idée de modifier la localisation du traitement qui ne se fera plus en surface mais en profondeur, le Laser Intrastromal Kératomileusis est né c’est le fameux LASIK.
Progressivement, cette technique, non douloureuse qui permet une récupération visuelle immédiate, qui est beaucoup plus compliquée sur le plan technique, et qui nécessite des blocs opératoires stériles s’imposera pour les myopies moyennes a partir de 1998/1999, puis pour les myopies de plus en plus faibles jusqu’à être réalisée pour 100% des interventions chirurgicales actuellement.

C’est donc le passage d’une intervention simple, périphérique qui ne nécessite pas une ambiance stérile, au passage à une intervention plus complexe et qui nécessite des blocs opératoires stériles. C’est ce qui me poussera dès 2000 à la construction d’un centre spécialisé dans cette chirurgie, aucune clinique de Toulouse ne m’ayant permis de réaliser cette intervention dans des conditions que je considérais comme des conditions de sécurité maximum.

J’ai donc réalisé avec l’aide de mon épouse la Clinique Saint Aubin, dans laquelle nous avons mis en place des blocs opératoires stériles, à température et à hydrométrie constantes, ce qu’on appelle des salles blanches avec des filtres pour la poussière et des salles en hyperpression pour éviter tous risques de contamination avec des contrôles de l’eau, des surfaces, et de l’air.
Dans cette clinique, nous réalisons également de la chirurgie esthétique et toute la médecine esthétique qui sont des éléments complémentaires à la chirurgie réfractive qui, on le conçoit, est à la fois une véritable correction d’une pathologie oculaire mais qui n’en n’est pas moins également une chirurgie de confort et qui n’est pas loin sur le plan du concept de la chirurgie esthétique.
La chirurgie esthétique c était mon premier amour puisque lors de mon séjour au Mexique, j’ai passé deux ans avec un des plus grands chirurgiens plasticien du Monde : le Professeur Fernando ORTIZ MONASTERIO.

Mais l’histoire que je viens de vous raconter c’est l’histoire de la science racontée par les Historiens. Mais l’Histoire de la science c est aussi celle du chercheur.

Personnellement c’était mon rêve d’apporter une technique nouvelle dans notre région dans un domaine ou notre époque était en train de réaliser d’immenses progrès : voir sans lunette. Et puis quand vous avez trois ophtalmologistes célèbres qui vous ont précédé dans votre famille, comment faire œuvre d’originalité.
J’avais un deuxième rêve : ouvrir une clinique, notre famille n’avait pas totalement cicatrisé le fait d’avoir été obligé de fermer la clinique de mon grand père dans les années 50.

Réaliser ces rêves a été pour moi une source d’immenses joies mais la recherche n’est pas un long fleuve tranquille.
Lorsque quelqu’un vous dit qu’il est chercheur, demandez lui s’il est pourchassé. S’il ne l’est pas, ce n’est pas un chercheur.

La plus grande source de joie ce sont les hommes et c’est bien vrai : » il n y a de richesse que d’hommes »
La recherche aujourd’hui est mondialisée. BARRAQUER, le catalan parti à BOGOTA, TROKEL, le juif de NEW YORK, SEILER l’allemand, KLEIN le frère de STRASBOURG. La première condition de la recherche aujourd’hui, c’est le voyage. Ce n’est pas en faisant des usines de recherche que l’on fera la moindre découverte.
Jamais je n’oublierai le soir ou Jose BARRAQUER et son épouse me téléphonent, Christine et moi pour nous inviter dans un petit restaurant catalan à MIAMI.
Jamais je n’oublierai le grand dîner de l’Académie International d’Ophtalmologie a CHICAGO à la table du Président avec Pierre AMALRIC mais je n oublierai jamais les déjeuner en tête a tête avec lui à ALBI.
Jamais je n’oublierai le congres de chirurgie réfractive à Toulouse en1999 avec 30 des meilleurs chirurgiens du monde, tous réunis à l’Hôtel Dieu autour de Joachim BARAQUER si fier d’être citoyen d’honneur de notre ville Et mille autres souvenirs à Barcelone, Milan, Berlin. Seattle

Mais la plus grande source de problèmes c’est aussi les Hommes car prendre le risque de chercher c’est comme prendre le risque de penser un jour différemment des autres, différemment de votre hiérarchie, différemment de vos maîtres. C’est prendre le risque d’être mis à l’écart doublement car le travail intéressant aussi vous éloigne de vos amis, de votre famille.

On y rencontre la méchanceté des Hommes et surtout celle des institutions : la méchanceté et la calomnie des hommes en bande : violence de l’administration de la santé, violence de l’Université, violence des Institutions même de celles qui devraient vous protéger , de la société française d Ophtalmologie qui refusait toutes nos communications a nos début ,du Syndicat National des Ophtalmologistes etc

Pourtant parmi ceux qui font avancer la science, il y a deux catégories :
ceux qui trouvent quelque chose qui est totalement nouveau et révolutionnaire c’est le cas de COPERNIC de GALILE : c’était bien sûr loin d’être mon cas, je pensais naïvement éviter le bûcher.
ALAIN disait : « on pense toujours sur la pensée d’une autre » c’est que j’ai fait : essayer d’apporter une technique nouvelle et l’utiliser dans un cadre approprié,je ne voyais vraiment pas le danger.

L’imitation n est elle pas le fait même de l’homme ?
ARISTOTE a disait déjà « l’homme est l’animal le plus doué pour l’imitation ». Et c’est sans doute le pouvoir d’imitation qui va le sortir de l’animalité.
A l’Homme l’imitation, à l’animal, l’instinct.
Pendant durant de nombreux siècle, l’innovation était considérée comme dangereuse, suspecte pour HOBBES, pour BOSSUET et pour MONTAIGNE
Aujourd’hui, l’innovation est devenu le dieu des hommes modernes, ne rien devoir au passé, tout recréer, la est l’idéal de l’orgueilleux, là est l’idéal de Narcisse.
L’ancienne innovation était réservée à DIEU, interdite à l’Homme.
Quand l’homme s’est emparé des tribus de DIEU, il est devenu le novateur absolu.
L’imitation c’est pourtant la seule chose que les perdants peuvent refuser aux gagnants. Réné GIRARD.
Comme il ne fait pas de doute que l’homme moderne reste un sacrificateur, leur nouveau DIEU est l’imitation et il leur faut sacrifier les innovateurs.
Guy BEART le disait plus simplement : le premier qui dit la vérité…

Permettez moi un autre sujet de réflexion :

vous dites souvent qu’il y a des hommes de pouvoir et des hommes d’influence. Personnellement, je pense qu’il y a les hommes de projets.
Pour réussir un projet, il faut en avoir 10 dans la tête. Il faut distinguer les projets finances par l’argent publique, l’argent des autres « CESAR fecit pontem » mais tout le monde n’est pas CESAR et les projets financés par le courage, les fonds propres avec le risque de tout perdre.

Il est temps que ceux qui ont réussi leur projet prennent la parole « pour conforter vos dire, dites donc ce que vous fîtes » dit Michel SERRES.
Cette idée ne devrait pas être choquante dans cette région qui ne manque pas d’homme de projet, Pierre Paul RIQUET qui a mit toute sa fortune dans les travaux du canal, Pierre LATECOERE, Pierre FABRE, Pierre AMALRIC. Et tant d autres…

Empêcher les hommes de projets de réussir : c’est empêcher les gens qui font, pas ceux qui parlent de devenir des modèles. C’est un véritable choix de société :le choix de la promotion par le mérite. La seule vraiment juste, démocratique, le contraire on le connaît c’est la promotion par la coaptation, « corruptio optima pessima. » la corruption des élites est la pire

Messieurs, en me donnant le prix Philippe PINEL vous avez peut être fait une très profonde erreur, en effet peut être par nature j’ai toujours fait le contraire de ce qu’il fallait faire :
-totalement iconoclaste de vouloir développer une technique moderne alors que l’on appartient au secteur privé. Mais dans cette bataille qui nous a opposé, quel échec collectif, la chirurgie réfractive est aujourd’hui la première chirurgie du monde, la France est un des pays où on en fait le moins dans le Monde.
– totalement désuet de créer une clinique mais quel échec collectif alors que presque toutes les cliniques ont été vendues à des groupes financiers étrangers (merci Jean Jacques d’avoir bien voulu faire titrer à la Dépêche du Midi « Main basse sur les Cliniques de Toulouse »
– totalement insensé de vouloir aider les laboratoires français tant sur le plan de l’ophtalmologie que sur le plan de l’esthétique mais quel échec collectif alors qu’ils sont aujourd’hui presque tous vendus à des laboratoires et à des groupes financiers anglais, américains et suédois et que les allemands autour de ZEISS sont en train de faire un des groupe les plus puissant du monde.

Difficile de réaliser ses rêves tout en restant un honnête homme.

Dernier Flash :

J’étais la semaine dernière des l’aube a l’aéroport de Paris, la veille tard dans la nuit, avec l’Ambassadeur et le Ministre de l’Education Publique du Mexique, nous avions réussi à sauver la Maison Universitaire Franco-Mexicaine de Toulouse.
Dans quelques heures, après une courte nuit, j’avais de nombreux myopes à opérer dans ma clinique et je pensais en souriant à ceux qui trouve du plaisir à mettre des embûches sur votre chemin. Je pensais a STENDHAL : » Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire, la jalousie et la calomnie te poursuivront »

« Un homme a-t-il du mérite à vos yeux ? mettez obstacle à tout ce qu’il désire, à tout ce qu’il entreprend. Si le mérite est réel il saura bien renverser ou tourner les obstacles. »
Je pensais aux maîtres de la déontologie et aux malversations du conseil de l’ordre des médecins de Paris
Je pensais à votre académie qui allait me remettre ce prix et me venait en écho les phrases de Michel SERRES :
« Voulez vous pensez, exposez vous donc d’abord aux risques majeurs de la désobéissance. Vérifier vos idées aux brasiers de l’exclusion. »
« On sait depuis longtemps que le progrès dépend des hérétiques, c’est-à-dire des exclus.
Si le courage la supporte, l’exclusion devient une chance. »

Mes profonds et sincères remerciements a Jose BADIE qui m’a toujours soutenu et à l’académie du Languedoc qui m’honore aujourd’hui du prix Philippe PINEL après 17 ans de lutte animée par la passion et le désir de rendre service aux malades.

Discours du mariage de France de Saint Martin – 15 Août 2009

Chers amis,

Deux idées très vite.

La première, à partir d’une question simple.
Pourquoi sommes-nous ici ce soir ?
Pourquoi est-il si important que vous soyez là ce soir ?

La réponse est simple en apparence : pour le mariage d’Arnaud et de France.
Plus profondément, nous sommes là pour accomplir un rite : le rite du mariage. Un rite accompli par les hommes depuis la fondation du monde.
Les rites sont là, comme les mythes, comme le religieux, pour maintenir la violence hors des communautés.
En effet, l’échange millénaire des femmes d’un groupe à un autre est un moment critique, parfois dangereux, c’est pour cela qu’il est entouré d’interdits, bien vus par Freud et Girard.
Rassurez-vous, aujourd’hui, il n’y a pas la moindre trace de conflit.

Pour les mariés, il s’agit d’un rite de passage. Après celui des fiançailles, voici une nouvelle différenciation.

À propos de mariage, il m’est impossible de ne pas penser à notre cher Mozart, au chef d’œuvre des Noces de Figaro, de cette folle journée et de ne pas évoquer les relations des rites et de la musique.
Ils ont en commun de gérer l’écart, de résoudre les dissonances, d’assurer les passages. L’un comme l’autre articulent l’individuel et le collectif. Ils assurent la cohésion des communautés.

Mais pour le père Saphy, il suffit, le mariage n’est plus un rite primitif ! C’est un sacrement : le Christianisme, en effet, a changé la nature des relations entre les hommes, démystifier les mythes, qui sont mensonge, tout en gardant les rites.

Deuxième idée :

Certains sociologues, peut-être pessimistes, soulignent que le lien social a tendance à se défaire. Rien que de très classique. Mais ils ajoutent que c’est parce que nous le voulons bien.

Christine et moi avons toujours été des artisans des relations humaines.
Nous espérons que ce pessimisme est faux.
Toujours, nous avons essayé de mélanger les hommes pour leur intelligence et leur culture.

Aujourd’hui, nous pensons à tous ceux qui ne sont pas là, parce qu’ils ne sont plus là, nous pensons à ceux qui ne sont pas là, parce que le 15 Août, fête de la France, est une date bien originale pour rassembler tous ses amis, mais nous voulons remercier ceux d’entre vous qui sont venus de loin : des Etats-Unis, du Venezuela, du brésil, de l’Equateur, du Pérou, de l’Espagne, d’Allemagne, de Slovaquie.

Nous allons maintenant mélanger les saveurs : celles de la Gascogne et du Languedoc. Celle de l’Armagnac et du Bordelais, du vent d’Autan et des étoiles filantes, celles du Lauragais et de l’Amérique Latine.

C’est bien tous ces mélanges qui sont un peu le visage de France, à qui est dédié cette journée et cette nuit.